19. Apitoyés par leur sort, nous ne leur adresserons pas cette sévère demande : « Comment aviez-vous donc cru que tout cela finirait ? » et nous nous bornerons à conclure par cette moralité :
Il n'est, certes, au pouvoir d'aucun humain de ne pas subir la présence de l'ange silencieux, porteur de paradis, qui, brusquement, à son heure, par caprice divin, met un terme à notre tranquillité et à notre ennui. Christine et Julien furent, en pleine innocence, surpris par ce visiteur subtil qui se dégage des paysages, des saisons débutantes et chaudes, comme aussi de la boîte vernie du gramophone, du midi de la vie, d'une palpitation du regard, d'un soupir soudain éloquent et du vide lui-même. Ils étaient, d'une manière indéniable, sans aucune force contre lui, mais il eût été souhaitable que leurs facultés les eussent inclinés vers la modestie, vers la bonté, si raisonnable toujours, et qu'ils négligèrent gravement. Ah! s'ils avaient été modestes, lui et elle, quelle voix leur eût pu dicter de souhaiter un bonheur tout frais et neuf, comme une primevère qui reluit de ses radicelles carminées à son vert feuillage de velours, et que l'on transplante du jardin de son ami dans son jardin moins orné !
Modestes, ils se fussent aimés dans la discrétion, l'inquiétude, la présence parcimonieuse, le tremblement, le plaisir modique, la pauvreté. Ils auraient volé leurs minutes de joie misérablement, non pas comme vole le voleur réjoui qui pénètre astucieusement ans un splendide verger, mais comme vole, sous l'œil de Dieu, le mendiant courbé, tâtonnant, lequel ramassée à la nuit tombante, au bas des arbres, dans la forêt, les minces branches délaissées qui le chaufferont si peu, si mal, et qui n'appartiennent à personne, car la forêt immense et le terrible amour n'appartiennent à personne. Modestes, ils se fussent reconnus inaptes à aborder le drame, réservé aux grands cœurs, qui ont fait un pacte viril avec la foudre et le silence. Ils ne furent pas modestes, mais, ce qui est plus coupable, ils ne furent pas bons.
10/02/2012
445. Conte triste. 20
20. S'ils eussent été bons, ils auraient spontanément, et dans un muet accord, renoncé à la morale apprise dont ils tenaient tout leur confort spirituel et leur fierté, à cette orgueilleuse morale qui ne songe qu'à soi, qui oppose à l'âme sa propre ombre exigeante; - ils eussent créé à leur usage, et surtout aux fins du repos d'Isabelle, un code tout pitoyable, dans lequel il est écrit: « Tu mentiras. »
« Tu mentiras », - est-il écrit dans ce code de la sagesse et de la compassion humaine, - « car là est ton châtiment et ton mérite » Il est difficile et douloureux de mentir, tant l'homme est porté naturellement à une sincérité extrême! Qui ne sait combien il lui est doux de parler de soi avec précision, abondance, exactitude? Et puis l'homme est distrait, et la vérité peut échapper alors au plus discipliné d'entre les vigilants, et causer d'inattendus désastres. L'être humain ne rechercherait pas tant la folie de l'amour si elle n'était pour lui le lieu même de la sincérité. Dire la vérité, c'est le propre de l'orgueil, l'affirmation du contentement de soi. A la passion, à l'étreinte, brève, terrassante, ennemie, - et qu'il convoite comme sa récompense' unique – l’homme préfère encore cette occasion de langueur que le désir épuisé lui fournit, et qui lui permet de parler de soi, de tout dire, de se raconter à l'espace, de se souvenir de sa petite enfance, de prévoir tout son futur. Une double biographie, alternée, chuchotante, entrecoupée de silences contemplatifs. Ô la vérité est observée comme le sont les tableaux de maîtres par le copiste fidèle, monte, tel un chant épanoui, des lèvres des amants apaisés! Ces propos si vrais, qui n'intéressent que deux êtres satisfaits, et parfois ne contentent finalement que le récitateur, car il se peut que le compagnon songe ou sommeille, témoignent néanmoins que l'amour a touché son but, qui est de faire jaillir deux vérités suprêmes: le plaisir et la confession ...
- Ô Mensonge, dieu sans attraits, si difficile à servir, protecteur infiniment bon, ne détournez pas votre visage de la pauvre foule des hommes 1 Venez à leur secours quand, humblement et pleins d'interrogations, ils pressentent votre charité. Veillez particulièrement sur ceux qui, pervertis par la: doctrine rassurante et brutale de la bonne foi, et toujours tentés de vous fuir, ne trouveront cependant qu'en vous la solution profitable !
« Tu mentiras », - est-il écrit dans ce code de la sagesse et de la compassion humaine, - « car là est ton châtiment et ton mérite » Il est difficile et douloureux de mentir, tant l'homme est porté naturellement à une sincérité extrême! Qui ne sait combien il lui est doux de parler de soi avec précision, abondance, exactitude? Et puis l'homme est distrait, et la vérité peut échapper alors au plus discipliné d'entre les vigilants, et causer d'inattendus désastres. L'être humain ne rechercherait pas tant la folie de l'amour si elle n'était pour lui le lieu même de la sincérité. Dire la vérité, c'est le propre de l'orgueil, l'affirmation du contentement de soi. A la passion, à l'étreinte, brève, terrassante, ennemie, - et qu'il convoite comme sa récompense' unique – l’homme préfère encore cette occasion de langueur que le désir épuisé lui fournit, et qui lui permet de parler de soi, de tout dire, de se raconter à l'espace, de se souvenir de sa petite enfance, de prévoir tout son futur. Une double biographie, alternée, chuchotante, entrecoupée de silences contemplatifs. Ô la vérité est observée comme le sont les tableaux de maîtres par le copiste fidèle, monte, tel un chant épanoui, des lèvres des amants apaisés! Ces propos si vrais, qui n'intéressent que deux êtres satisfaits, et parfois ne contentent finalement que le récitateur, car il se peut que le compagnon songe ou sommeille, témoignent néanmoins que l'amour a touché son but, qui est de faire jaillir deux vérités suprêmes: le plaisir et la confession ...
- Ô Mensonge, dieu sans attraits, si difficile à servir, protecteur infiniment bon, ne détournez pas votre visage de la pauvre foule des hommes 1 Venez à leur secours quand, humblement et pleins d'interrogations, ils pressentent votre charité. Veillez particulièrement sur ceux qui, pervertis par la: doctrine rassurante et brutale de la bonne foi, et toujours tentés de vous fuir, ne trouveront cependant qu'en vous la solution profitable !
444. Conte triste. 21
21. Formule de l'intelligence, inspirez les esprits sans promptitude ! Principe de l'activité qui invente et préserve, animez les cœurs lents et négligents! Veillez, Ô mensonge, sur ceux qui mésestiment vos sagaces instructions. Repoussez les plaintes arguments de nos consciences grossières, Maître infaillible de la délicatesse ! Veillez sur la fiancée radieuse, si contente de soi, qui, au dernier soir de sa vie innocente, inspecte dans sa chambre de jeune fille la robe de soie éblouissante, la fière couronne de cire, le voile de tulle brillant, - parure de son triomphe, - tandis que l'enfant de vingt ans qui va être son époux s'est réfugié une fois encore chez sa maternelle maîtresse, chez sa puissante amie, et sanglote de jeunesse contre ce corps accueillant, dont il croit avoir creusé les contours de toute la force de sa tête, de ses genoux, de ses bras, par le poids de la véhémence et de la divine habitude! Couché contre elle pour souffrir et pour oublier, il s'enfonce dans la douceur incurvée de l'épaule et de la hanche, délicieuses calanques de ses siestes heureuses et de son repos perdu ! Ah ! que la jeune fille si fière ne le sache pas !
Veillez, Mensonge, sur les couples vieillis qui, liés par la tendresse chenue, se sentent chacun, - l'homme et la femme, - séduits soudain par un jeune visage, et sont menacés de détruire, dans un moment de stupide espérance, les antiques trésors de leur amitié nécessaire, alors qu'en observant vos règles ils ajouteront à leur vie et n'y supprimeront rien. Veillez bien, Ô Mensonge, sur les amis et les amies, sur l'amante d'un père tentée par le fils, sur l'amante d'un fils tentée par le père, par le frère, - veillez sur cette mystérieuse loi de l'inceste spirituel, sur ce grand drame de la famille humaine et de la parenté, qui est tout logique, puisque l'attrait vertigineux, le choix sans rémission, l'enivrant détail sont partout réfractés!
Ô Mensonge, vous qui êtes, sous un déguisement bien assujetti, la Vérité, ne consentez à retirer votre casque que de temps à autre, bien rarement, en faveur d'un de ces êtres atrocement privilégiés qui habitent les sommets de Prométhée, où la souffrance n'a pas de diminution ! Ne vous départez qu'à bon escient de votre austère prudence.
Veillez, Mensonge, sur les couples vieillis qui, liés par la tendresse chenue, se sentent chacun, - l'homme et la femme, - séduits soudain par un jeune visage, et sont menacés de détruire, dans un moment de stupide espérance, les antiques trésors de leur amitié nécessaire, alors qu'en observant vos règles ils ajouteront à leur vie et n'y supprimeront rien. Veillez bien, Ô Mensonge, sur les amis et les amies, sur l'amante d'un père tentée par le fils, sur l'amante d'un fils tentée par le père, par le frère, - veillez sur cette mystérieuse loi de l'inceste spirituel, sur ce grand drame de la famille humaine et de la parenté, qui est tout logique, puisque l'attrait vertigineux, le choix sans rémission, l'enivrant détail sont partout réfractés!
Ô Mensonge, vous qui êtes, sous un déguisement bien assujetti, la Vérité, ne consentez à retirer votre casque que de temps à autre, bien rarement, en faveur d'un de ces êtres atrocement privilégiés qui habitent les sommets de Prométhée, où la souffrance n'a pas de diminution ! Ne vous départez qu'à bon escient de votre austère prudence.
443. Conte triste. 22
22. Révélez-vous progressivement, et de lustre en lustre, à quelques-uns de ces humains prédestinés qui vous pressentent dans les transes, et qui ne trembleront pas d'épouvante devant votre nudité redoutable qui est l'écorce du monde, qui a l'aspect du primitif chaos en même temps que du terme des choses. Ô Vérité sans voile, vous qui êtes ce qui est, divinité unique, - évidence, logique, destin, fatalité, - vous représentez l'immense arène où tout a combattu et combattra. Je vous contemple avec vénération, ô Vérité limpide: sang des justes, imploration de tous ceux qu'on lèse, soupirs des calomniés, yeux hébétés de celui à qui l'on nuit, regard des novateurs, gémissements de l'espoir motivé et vaincu, angoisse de l'expérience différée, de l'exactitude qu'on méconnaît ...
Ô Vérité, promesse de tous les maux, certitude de l'agonie, annonciatrice de la mort, je vous vénère et je vous loue. Impétueuse, qui construisez l'avenir, niais qui, serrée parmi la foule des causes et des circonstances, ne pouvez avance!" d'un pas sans que l'aient autorisé ce qui vous précède et ce qui vous suit, soyez bénie, esclave au front libre! Puisque nous vous avons évoquée, demeurez encore un instant, ô Vérité sans nul voile, auprès de vos partisans stoïques. Ne nous quittez pas avant d'avoir entendu de notre bouche ces mots d'amour: « Si cruelle que tu sois dans tes cruels moments, je t'aime, parce que le mal que tu me fais est conforme à la compréhension que j'ai de toi. Nécessité, qui est inéluctable et pleine de preuves, je t'aime parce que tu m'as choisie pour le savoir; je te remercie de m'avoir jugée digne. Et quand, en ce moment même, par ta présence persistante, s'écroulerait tout ce qui me favorise et me flatte, tout ce qui me préserve et me maintient, je. n'interromprais pas mon chant d'amour, et je te dirais: « Je t'aime, parce que tu es la Vérité !
Ô Vérité, promesse de tous les maux, certitude de l'agonie, annonciatrice de la mort, je vous vénère et je vous loue. Impétueuse, qui construisez l'avenir, niais qui, serrée parmi la foule des causes et des circonstances, ne pouvez avance!" d'un pas sans que l'aient autorisé ce qui vous précède et ce qui vous suit, soyez bénie, esclave au front libre! Puisque nous vous avons évoquée, demeurez encore un instant, ô Vérité sans nul voile, auprès de vos partisans stoïques. Ne nous quittez pas avant d'avoir entendu de notre bouche ces mots d'amour: « Si cruelle que tu sois dans tes cruels moments, je t'aime, parce que le mal que tu me fais est conforme à la compréhension que j'ai de toi. Nécessité, qui est inéluctable et pleine de preuves, je t'aime parce que tu m'as choisie pour le savoir; je te remercie de m'avoir jugée digne. Et quand, en ce moment même, par ta présence persistante, s'écroulerait tout ce qui me favorise et me flatte, tout ce qui me préserve et me maintient, je. n'interromprais pas mon chant d'amour, et je te dirais: « Je t'aime, parce que tu es la Vérité !
442. Poème de l'Amour - Présentation 1
° Une sélection de poèmes de ce recueil a été publiée dans les messages 310 à 330
° Je propose dans les messages 390 à 440 qui suivent une nouvelle sélection qui reprend certains poèmes déjà mis en ligne mais dont l'intérêt me semble important.
° Une présentation de l'ouvrage est également proposée ci-après, extraite de l'ouvrage de François Broche, "Anna de Noailles, un mystère en pleine lumière", pages 378 et 379.
Antonio de la Gandara (1861-1917)
Ritratto della Contessa Anna de Noailles 1909
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Liste des poèmes publiés (ordre décroissant des messages 440 - 390
----------------------------
Puisque je ne peux pas savoir. 440
Quand ce soir tu t'endormiras. 439Matin, j'ai tout aimé et j'ai tout trop aimé. 438
La bonté n'étant pas l'excès. 437
Meurt t'on d'aimer ? On peut le croire. 436
Le courage est ce qui remplace. 435
Les volets, les rideaux, les portes. 434
Le silence répand son vide. 433
Le bonheur d'aimer est si fort. 432
Je ne t'aime pas que pour ton esprit. 431
Je ne puis comparer mon mal. 430
En ton absence, je ne puis. 429
Je me taisais, j'avais fait vœu. 428
Ceux qui, hors du rêve et des transes. 427
Jadis je me sentais unique. 426
Je crois que j'ai du te parler. 425
J'ai perdu l'univers puisque tu me suffis. 424
Fais ce que tu veux désormais. 423
Je n'ai pas écrit par raison. 422
Certes, j'aime ce que je pense. 421
Je bénis le sommeil, lui seul peut déformer. 420
Amis parmi tous les amis. 419
Aucun jour je me suis dit. 418
C'est l'hiver, le ciel semble un toit. 417
Automne pluvieux, mélancolique automne. 416
Tu me donnes enfin la paix. 415
Il est doux d'aimer faiblement. 414
Dans les ténèbres de Vérone. 413
J'ai travesti pour te complaire. 412
En ce moment tu ne sais pas. 411
Vivre, c'est désirer encore. 410
Un triste orgue de barbarie. 409
Enfin la première nuit froide. 408
J'aime d'un amour clandestin. 407
Ô suave ami périssable. 406
Les vers que je t'écris ne sont pas d'Orient. 405
Ce n'est pas une tendre chose. 404
Je ne puis jamais reposer. 403
Faut-il que tu sois juste aussi. 402
C'est d'une adresse humble et savante. 401
L'hiver aux opaques parois. 400
Impérieux mais indolent. 399
Azuré, faible, blessé. 398
A quoi veux-tu songer ?. 397
Ce que je voudrais. 396
Je crois à l'âme. 395
Je n'aime pas que tu me plaises. 394
En vain la peur d'un joug. 393
Il faudra bien pourtant. 392
Crois-moi, ce n'est pas aisément. 391
A présent que je t'ai bien connu. 390
441. Poème de l'Amour - Présentation 2
Poème de l’Amour - Août 1924
in François Broche « Anna de Noailles, un mystère en pleine lumière, pages 378 et 379
Le poème de l’Amour, recueil de deux cent vingt deux-pages n’est officiellement mis en vente que le 25 aout, mais les premiers exemplaires circulent déjà depuis un mois. Le 27 juillet Paul Valéry lui a écrit : C’est un feu extraordinaire que le vôtre, dont chaque palpitation consume et réverbère des années. [...J Vous a-t-on dit que ce volume de vers, votre dernier-né, est un événement de notre littérature ?
On commence a le lui dire. Les premiers comptes rendus sortent a la fin de juillet et au début d’août, signés de Gaston Rageot, d’Albert Thibaudet, d’Henri de Régnier. « Un poème intellectuel de la passion », annonce André Thérive dans L’Opinion du 15 août. En épigraphe, Anna avait place ces mots de Catherine de Sienne: « II faut d’abord avoir soif… » — bouleversante et elliptique définition de la passion.
Mais Anna, elle, définit l’amour comme « une passion cruelle et vaine, et elle a sans doute quelques raisons de se montrer aussi catégorique. Finis les débordements lyriques des précédents recueils, oublié le tumulte d’une sensualité gui paraissait ne jamais devoir s’épuiser, enfuis les grands élans, délaissé l’opulent alexandrin : restent des poèmes brefs (ii y en a en tout cent soixante-quinze), d’une simplicité éclatante, souvent octosyllabiques. Certains critiques lui en voulurent de ce qui était considéré comme un changement de genre malheureux: « Deux cent vingt pages de galimatias, de fausse préciosité, de vide et pénible éloquence », écrivait Emmanuel Buenzod; plus nuancé, Fernand Vandérem signalait « les restrictions, mitigations, extinctions de toute sorte qu’a imposées, dans ce recueil. Mme de Noailles a son exubérant et incandescent lyrisme », expliquant qu’il s’agissait là « d’un dépouillement prémédité, d’un appauvrissement volontaire »
Anna de Noailles par Foujita
Ces rares discordances ne pouvaient ternir la gloire d’Anna ou diminuer la place de l’une des œuvres exceptionnelles de notre temps et de notre littérature », selon le jugement de Bédier et Hazard, dans leur Histoire de La littérature française, publiée en cette même année 1924
Après La Gandara , Jacques-Emile Blanche, Helleu, Forain, Rodin, Romaine Brooks, Laszlo, Zuloaga, Hélène Dufau, Foujita immortalise les traits et surtout la silhouette de celle qu’une revue féminine, Eve, vient de sacrer « princesse des lettres », juste devant Colette): « Faites-moi debout afin qu’on dise: « Comme elle est petite et pourtant comme elle a fait de si grands vers » aurait-elle demandé a ce « Japonais admirable », si l’on en croit René Benjamin.
440. "Toujours, à toutes les secondes"
Toujours, à toutes les secondes,
Tandis qu’errante ou sous mon toit
Je suis moins moi-même que toi,
Ton corps lointain se mêle au monde !
Je t’évoque : doux, sans orgueil,
Alternant les bonds et les pauses,
La tristesse comblant ton œil,
Avec précaution tu poses,
(C’est dans mon songe !) sur le seuil
De mon âme amère et déclose,
Ton pas calculé de chevreuil.
Poèmes de l’amour, Fayard, 1924
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