J’aime d’un amour clandestin.
Ce que de toi nul n’a aimé :
Le sourd battement enfermé
De ton cœur et de ton instinct.
Nul n’a songé avec douleur
À ces beaux secrets écorchés
Du mouvement intérieur,
Puissant, indomptable et caché !
Mais moi je sais que c’est ton sang
Qui te fait net, pur, précieux,
Et mon rêve en ton corps descend
Comme vers de plus sombres cieux.
08/02/2012
406. "Ô suave ami périssable"
Ô suave ami périssable,
Tu ne pourras laisser de traces
Que le temps mobile n’efface
Comme fait le vent sur les sables!
Tes doux jeux, charmants, éphémères,
Sont faits d’écume et d’âme amère.
Et cependant, quoi que tu fasses,
Il restera que je t’aimais,
Que j’ai dit ta grâce à l’espace,
Et penché sur tes yeux ma face
Où le soleil se résumait !
Tu ne pourras laisser de traces
Que le temps mobile n’efface
Comme fait le vent sur les sables!
Tes doux jeux, charmants, éphémères,
Sont faits d’écume et d’âme amère.
Et cependant, quoi que tu fasses,
Il restera que je t’aimais,
Que j’ai dit ta grâce à l’espace,
Et penché sur tes yeux ma face
Où le soleil se résumait !
405. "Les vers que je t’écris ne sont pas d’Orient"
Les vers que je t’écris ne sont pas d’Orient,
Je ne t’ai pas connu dans de beaux paysages,
Je ne t’ai vu mobile, anxieux ou riant,
Qu’en des lieux sans beauté qu’animait ton visage.
Tout le tragique humain je l’ai dit simplement,
Comme est simple ta voix, comme est simple ton geste,
Comme est simple, malgré son fastueux tourment,
Mon invincible esprit que ton œil rend modeste.
Mon front méditatif, et qui porte le poids
De sentir s’emmêler à mes pensers les astres,
Te bénit pour avoir appris auprès de toi
Le rêve resserré et les humbles désastres.
Et si ton innocent et rayonnant aspect
Ne m’avait longuement imposé son mirage,
Je n’aurais pas la vive et misérable paix
Qui préserve mes jours des douleurs sans courage…
Je ne t’ai pas connu dans de beaux paysages,
Je ne t’ai vu mobile, anxieux ou riant,
Qu’en des lieux sans beauté qu’animait ton visage.
Tout le tragique humain je l’ai dit simplement,
Comme est simple ta voix, comme est simple ton geste,
Comme est simple, malgré son fastueux tourment,
Mon invincible esprit que ton œil rend modeste.
Mon front méditatif, et qui porte le poids
De sentir s’emmêler à mes pensers les astres,
Te bénit pour avoir appris auprès de toi
Le rêve resserré et les humbles désastres.
Et si ton innocent et rayonnant aspect
Ne m’avait longuement imposé son mirage,
Je n’aurais pas la vive et misérable paix
Qui préserve mes jours des douleurs sans courage…
404. "Ce n’est pas une tendre chose"
Ce n’est pas une tendre chose
D’aimer ! L’instinct dévorateur
Pille l’âme, les yeux, l’odeur,
Et puis, lassé, il se repose.
Et l’on regarde doucement
Ce qui causa tant de souffrance !
Et l’on est bon, l’on rit, l’on ment,
L’on évite tous les tourments
A ce faible et fragile amant,
A cause de l’indifférence…
.
D’aimer ! L’instinct dévorateur
Pille l’âme, les yeux, l’odeur,
Et puis, lassé, il se repose.
Et l’on regarde doucement
Ce qui causa tant de souffrance !
Et l’on est bon, l’on rit, l’on ment,
L’on évite tous les tourments
A ce faible et fragile amant,
A cause de l’indifférence…
.
403. "Je ne puis jamais reposer"
Je ne puis jamais reposer
Mon esprit, qui, de loin, contrôle
Le souci qui vient t’épuiser,
L’ennui qui pèse à ton épaule.
Jamais je n’ignore un instant
Que tu respires, parles, rêves;
J’éprouve, triste combattant,
La nécessité d’une trêve !
Ah! j’aurais besoin que parfois,
Dans une calme et longue aurore,
L’univers m’apparût sans toi,
Et ne t'eût pas fait naître encore !
Mon esprit, qui, de loin, contrôle
Le souci qui vient t’épuiser,
L’ennui qui pèse à ton épaule.
Jamais je n’ignore un instant
Que tu respires, parles, rêves;
J’éprouve, triste combattant,
La nécessité d’une trêve !
Ah! j’aurais besoin que parfois,
Dans une calme et longue aurore,
L’univers m’apparût sans toi,
Et ne t'eût pas fait naître encore !
402. "Faut-il que tu sois juste aussi"
Faut-il que tu sois juste aussi,
Étant vivace et délectable ?
Le soleil même, ample et précis,
Délaisse la rose ou l’érable;
Qu’appelle-t-on être équitable ?
Peux-tu nourrir également
Toutes les âmes qui t’appellent ?
Dédaigne leurs tendres querelles :
Être aimé, c’est être clément.
Que l’on vive en ta dépendance !
Quels sont ces vaniteux, ces rois,
Ces cœurs jaloux, ces fronts étroits,
Ces corps dépouillés de prudence
Qui se dirigent sans effroi
Vers cette aride pénitence
De s’être fâchés avec toi ?
Étant vivace et délectable ?
Le soleil même, ample et précis,
Délaisse la rose ou l’érable;
Qu’appelle-t-on être équitable ?
Peux-tu nourrir également
Toutes les âmes qui t’appellent ?
Dédaigne leurs tendres querelles :
Être aimé, c’est être clément.
Que l’on vive en ta dépendance !
Quels sont ces vaniteux, ces rois,
Ces cœurs jaloux, ces fronts étroits,
Ces corps dépouillés de prudence
Qui se dirigent sans effroi
Vers cette aride pénitence
De s’être fâchés avec toi ?
401. "C’est d’une adresse humble et savante"
C’est d’une adresse humble et savante
De t’avoir aimé de la sorte,
Car, par mon cœur qui se transporte
En ta force heureuse et mouvante,
Je ne vis plus d’être vivante,
Et ne mourrai pas d’être morte !
De t’avoir aimé de la sorte,
Car, par mon cœur qui se transporte
En ta force heureuse et mouvante,
Je ne vis plus d’être vivante,
Et ne mourrai pas d’être morte !
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